ISHKHAN
Sevan, Van noir littéralement. La légende dit que le lac Sevan a été nommé ainsi car ses eaux sombres et froides rappelaient aux arméniens le lac Van, autrefois en Arménie mais maintenant en Turquie. Au cœur d’un débat écologique depuis près de 100 ans, cet océan d’eau douce qui culmine à un peu moins de 2000 mètres voit sur ses rives se succéder des générations de pêcheurs.
Dans les années 1930, l’Union Soviétique décide que les eaux du lac serviront à produire de l'électricité et à irriguer l’aride plaine de l’Ararat en contrebas. En une trentaine d'années, le lac perd près de 20 mètres de niveau, fort heureusement beaucoup moins qu’initialement prévu, 50 mètres. Des espèces endémiques comme la truite ishkhan ont presque totalement disparu, laissant place à des espèces introduites. Après l'indépendance, l’Arménie a fait face à une crise économique et énergétique majeure, forçant les autorités à puiser de nouveau dans les réserves d'eau, affaiblissant encore plus les écosystèmes.
Aujourd’hui, de nombreux petits pêcheurs font vivre leurs familles grâce aux quelques filets qu’ils possèdent. Chaque nuit, c’est un balai incessant de phares qui illuminent les eaux plates et glaciales du lac. Pour éviter le vent selon eux, peut-être aussi pour éviter les quotas, ces hommes en combinaisons étanches prennent le large aux heures les plus noires de la nuit, et reviennent au petit matin. La très grande majorité de leurs prises sont des corégones (sig) et ils les vendent 100 dram, à peine plus de 20 centimes d’euros, aux revendeurs sur les berges ou aux restaurants.
Davit est l’un d’entre eux. Le temps était compté, chaque minute doit être rentabilisée et les gestes furent rapides. Les prises étaient, selon lui, maigres ce matin-là. Certains poissons furent remis à l’eau et disparurent dans la gorge des goélands d’Arménie en quelques secondes, les autres finirent sur le fond du bateau, encore frémissant. En à peine 2 heures, tous ses filets furent remontés et la chorégraphie recommencera la nuit suivante.
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